Il est vrai qu'après cet hiver particulièrement « hivernal », et qui de mémoire d'anciens (pour ceux qui en ont encore (de la mémoire)) n'était pas arrivé depuis belle lurette, il est agréable de croiser quelques rayons de soleil.
Les plus téméraires d'entre nous aurons pris le risque de sortir le bout de leur nez et profiter de l'un des rares après midi où le mercure a osé quitter les valeurs négatives. Mais autant dire que les tenues légères adaptées à une pratique « normale » du sport n'étaient pas à la fête ces derniers mois et que les symptômes de la sédentarité déprimante chronique se sont généralisés.
Je ne sais pas pour vous, mais l'absence d'activité physique génère chez moi une frustration qu'y n'a d'égale que mon excitation à la vue d'un grand ciel bleu un vendredi après midi par la fenêtre du bureau.
Cette année j'ai passé un cap. C'est quand même stupide de laisser un matériel en parfait état de marche au fond du garage. D'autant que l'humidité n'a jamais cassé un vélo et quoi qu'il arrive, je risque de prendre la douche cette semaine alors à y être tant pis si c'est ce soir.
Habitant un charmant département symbolisé par un « 12 », j'ai la chance de pouvoir profiter de ses reliefs, ses vallées, leurs rivières et les lacs. A Entraygues j'ai tout ça à quelques tours de roues, alors passer à côté sans y prêter attention serait un crime.
Imaginez plutôt. Vous êtes dans votre voiture, il pleut et vous êtes bien content d'être au chaud quand tout à coup vous croisez un pauvre type avec un gros vélo qui grimpe péniblement la côte qui va l'amener en haut de sa descente favorite. Mais ça vous ne le savez pas, alors vous vous dites : « Waouh! Y'en a qui sont vraiment dés½uvrés ». Et vous avez raison, il faut avoir un sérieux problème quelque part pour prendre du plaisir à rouler sous la pluie, dans la boue et dans l'ambiance brumeuse des sous bois l'hiver.
Mais si vous m'aviez vu lorsque la pente s'est inversée, vous auriez compris. Compris les sensations que l'on a lorsque les tétines de vos pneus perdent désespérément le contrôle sur le lit de feuilles mortes qui recouvrent la piste. Compris le frisson qui vous parcourt le dos lorsqu'à pleine vitesse vous vous retrouvez aveuglé par la boue dans les yeux ou la buée des lunettes entre les sapins. Compris l'intensité des rencontres spontanées avec nos amis les arbres. Compris le sourire béat que l'on a lorsqu'on rentre dans le même état qu'un cochon qui aurait pataugé toute la journée. Et compris le sentiment de satisfaction du descendeur qui le soir enlève les petits cailloux qui se sont glissés sous la peau de ses genoux, coudes et mains.
